Vague de froid extrême en Amérique : où est passé le réchauffement climatique ?
Comment expliquer l’apparition de phénomènes de froid extrême comme celui-ci alors que la communauté scientifique alerte depuis des décennies sur le réchauffement global de la planète ?
ARTICLE - INFOS/SENSIBILISATION
Jessy Alexander BECIUS, Ing.-Agr, Obs météo
2/26/20265 min read


Vague de froid extrême en Amérique : où est passé le réchauffement climatique ?
Depuis la fin du mois de janvier jusqu’au début de février 2026, plusieurs régions des États-Unis et du Canada figuraient parmi les zones habitées les plus froides de la planète. Des chutes de neige importantes, des pluies verglaçantes et des vents extrêmement froids ont été observés dans des régions aux États-Unis, où ces conditions ne sont pas tout à fait habituelles. Les températures ont atteint des valeurs exceptionnellement basses, comprises entre –30 °C et –45 °C localement, illustrant un épisode de froid glacial d’une intensité remarquable.
Même dans les régions des Grandes Antilles, les températures ont spectaculairement chuté, atteignant des valeurs records. À titre d’exemple, l’Institut de Météorologie de Cuba (INSMET) a rapporté avoir enregistré une température record de 0 °C, le mardi 03 février 2026. En Haïti, bien que le manque de données historiques disponibles ne permette pas de préciser si des températures aussi basses (avoisinant les 10 °C) ont été déjà mesurées par le passé, le froid a été quand même inhabituel. L’Unité Hydrométéorologique d’Haïti (UHM) a mentionné une baisse de plus de 4°C en dessous des valeurs moyennes pour cette période de l’année.
Cette situation peu familière soulève alors une question récurrente, souvent reprise dans le débat public : où est donc passé le réchauffement climatique ?
Comment expliquer l’apparition de phénomènes de froid extrême comme celui-ci alors que la communauté scientifique alerte depuis des décennies sur le réchauffement global de la planète ?
Une confusion fréquente : météorologie et climat
L’analyse du temps peut faire référence soit à la météorologie soit au climat, deux notions souvent source de confusion. Mais ce qui les distingue vraiment n’est que la période considérée.
La météorologie décrit l’état de l’atmosphère sur une zone donnée à court terme : quelques jours ou quelques semaines. Elle est caractérisée par une forte variabilité et une incertitude élevée, car les conditions atmosphériques peuvent évoluer rapidement d’une situation extrême à une autre. Ainsi, les prévisions à 2, 7 ou 14 jours relèvent exclusivement de la météorologie.
Le climat, en revanche, correspond à l’analyse statistique des tendances moyennes des conditions atmosphériques et de leur variabilité sur de longues périodes, généralement au moins 30 ans.
À ce titre, le climat constitue un cadre fondamental pour la recherche et la planification à long terme et influence les systèmes naturels, ainsi que les activités et les modes de vie humains. Ainsi, toute altération persistante ou dérèglement de ces paramètres climatiques revêt donc une importance scientifique, culturel et socio-économique.
Ce qu’est le réchauffement climatique
C’est d’ailleurs cette tendance (altération des paramètres climatiques) qui permet aujourd’hui de parler du réchauffement climatique global. En effet, depuis le milieu du XIXᵉ siècle, les observations scientifiques montrent une modification du climat global, due à une hausse généralisée de la température moyenne de la Terre. Donc, le climat se réchauffe.
Ce réchauffement modifie profondément les paramètres climatiques : températures, régimes de précipitations, circulation atmosphérique et dynamique des vents. Il influence également la fréquence, l’intensité et la distribution des phénomènes météorologiques extrêmes ou encore la répartition saisonnière du chaud et du froid.
Ce que le réchauffement climatique n’implique pas
Beaucoup de gens pensent qu’avec le réchauffement climatique le froid disparaîtra et la planète Terre ne sera à la longue qu’une petite boule de feu. Ce n’est et ne sera absolument pas le cas.
Le réchauffement climatique ne signifie pas une hausse uniforme et constante des températures sur l’ensemble du globe. Mais, sous l’effet de la hausse des températures, il se crée un déséquilibre du système climatique, rendant les saisons de plus en plus irrégulières et les phénomènes météorologiques extrêmes plus importants. D’où le concept du changement climatique.
Avec le changement climatique, les périodes de sécheresse peuvent devenir plus fréquentes ou plus prolongées, les précipitations plus intenses, les cyclones plus violents… Les étés peuvent être marqués par des vagues de chaleur extrême, tandis que certains hivers peuvent connaître des épisodes de froid plus rigoureux que la normale. C’est pourquoi certains scientifiques préfèrent parler de dérèglement climatique plutôt que de simple changement climatique.
Bien qu’il puisse influencer la fréquence, l’intensité et la durée des phénomènes météorologiques extrêmes, le réchauffement climatique n’empêche pas toutefois l’occurrence de ces derniers.
La vague de froid hivernale
L’épisode de froid observé cet hiver s’explique par l’extension temporaire d’une masse d’air extrêmement froide en provenance des régions arctiques, affectant une large partie du continent nord-américain. Et, selon l’Agence Américaine d’Observation Océanique et Atmosphérique (NOAA), cette vague de froid n’est pas tout à fait nouvelle. Il s’agit d’un phénomène météorologique saisonnier dont l’intensité et la durée peuvent varier, et qui peut être lié au vortex polaire.
Le vortex polaire fait référence à la présence d’une vaste zone de basse pression et d’air exceptionnellement froid entourant les deux pôles terrestres. Du fait de la variation de l’ensoleillement solaire au cours de l’année, il s’affaiblit en été et s’intensifie en hiver. Mais, dans l’hémisphère nord, il arrive souvent que sous l’effet d’un Réchauffement Stratosphérique Soudain (RSS), en hiver, le vortex polaire s’étende ou se déforme, poussant l’air froid arctique vers le sud et atteignant les régions de latitudes moyennes.
Quand cela se produit, il en résulte alors une vague de froid qui peut atteindre des régions peu habituées à de telles conditions. Ce phénomène peut persister pendant plusieurs jours voire plusieurs semaines.
Le blocage des anticyclones
Un facteur souvent responsable de la persistance de l’air froid est la présence d’anticyclone au niveau de l’Atlantique. Ce blocage barométrique perturbe la circulation atmosphérique devant favoriser le remplacement de l’air froid (MétéoSuisse). C’est d’ailleurs ce que montrent les observations météorologiques de ces dernières semaines : alors que les fronts froids viennent renforcer l’humidité de la masse d’air présente dans la région, les anticyclones bloquants piègent l’air froid qui s’enfonce plus particulièrement dans les Etats-Unis.
Le rôle du réchauffement climatique
À présent, il n’existe pas de preuves scientifiques solides faisant le lien entre le réchauffement climatique et les vagues de froid arctique. Mais, il est évident que toute augmentation de la température au niveau de la stratosphère en hiver engendre automatiquement le fameux Réchauffement Stratosphérique Soudain (RSS). Et comme conséquence, l’air arctique est susceptible de migrer vers les régions tempérées et subtropicales.
Ce sont, en vrai, des processus météorologiques qui ne remettent donc pas en cause la réalité du réchauffement climatique. Alors, même sous des températures glaciales, le réchauffement climatique ne s’arrête pas et ne disparaît pas. Le froid n’annule pas le réchauffement climatique. Il peut simplement, comme bien d’autres événements météorologiques extrêmes, masquer temporairement la tendance globale et entretenir la confusion.
